Albert Louis Deullin

17.6.2019

Les hommes qui ont fait la CFRNA – CIDNA   Pierre de Fleurieu a la main heureuse lors du recrutement des cadres et des pilotes de la Compagnie Franco-Roumaine de Navigation Aérienne. Le chef-pilote Albert Deullin fait partie des meilleurs. 

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Albert Louis Deullin.

Avec ses vingt victoires homologuées, Deullin est l’un des as majeurs de l’aviation de chasse française de la Grande Guerre. Il deviendra le premier chef-pilote de la CFRNA-CIDNA.

Le jeune homme issu d’une famille de notables d’Epernay, hésite d’abord entre une carrière militaire et une carrière vouée au négoce du champagne. Pas très fixé, il oscille entre ces deux activités, mais, en 1914, ses hésitations sont stoppées net par le déclenchement de la Première guerre mondiale. Incorporé au régiment de dragons, il comprend vite que le cheval n’est pas un moyen de transport adapté à la guerre des tranchées et il se porte volontaire pour devenir aviateur. Après l’obtention de son brevet de pilote, il est affecté à l’escadrille des Cigognes.

Dans la « Chronique de l’aviation » d’Edouard Chemel, on peut lire :

« Une seule consigne : balayer du ciel de Verdun tous les avions ennemis. Le général Pétain a fait rassembler dans la région de Bar-le-Duc la fine fleur de la chasse française »… « Guynemer, Nungesser, Chaput, Deullin, Navarre, que l’on surnomme maintenant la Sentinelle de Verdun »… « L’escadrille N3 « les Cigognes »,…se distingue particulièrement. »

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Albert Deullin démontre qu’il mérite d’être en si bonne compagnie. A la cinquième victoire, il a droit à son portrait à la Une des journaux, mais il ne s’arrête pas en si bon chemin et il obtient en tout vingt victoires homologuées. En 1918, il est intégré dans la division aérienne du général Duval.

Après la guerre, ce grand pilote, commandant et théoricien du combat aérien devient, à la demande de son compagnon d’armes Pierre de Fleurieu, le chef-pilote de la Compagnie franco-roumaine de navigation aérienne. Instruit et polyglotte, il accompagne de Fleurieu à Prague et à Varsovie le 29 avril 1920 pour négocier les conditions d’exploitation. Une foule de dix mille personnes les accueille à l’aéroport de Prague. Sur le vol du retour, Deullin établit un record de vitesse en reliant Prague à Paris en 5 heures 16 minutes, et il bat ainsi le record du monde de 1000 km sans escale.

Doté d’une autorité naturelle et d’une expérience inégalée, Deullin est un chef incontesté, aimé et respecté. Il demande beaucoup à ses pilotes, qui volent parfois dans des conditions météorologiques limites et qui craignent toujours des avaries.

Lui-même n’échappe pas aux problèmes de moteur. Un jour, son moteur tombe en panne au-dessus des Vosges, mais il saura planer jusqu’à l’aéroport d’Entzheim où lui et ses passagers, rendus blêmes par cette expérience, changeront d’avion et continueront vers leur destination. Il vit aussi des moments exaltants – après avoir survolé le Bosphore, Deullin écrit : « Jamais de ma vie, je n’ai vu quelque chose de plus grandiose et de plus beau ».

En 1923, il commence à préparer l’ouverture de la ligne Paris – Strasbourg aux vols de nuit. Il ne verra pas l’accomplissement de ce projet. Il se tue lors d’un vol d’essai le 29 mai 1923 à Villacoublay.

Son ami Maurice Noguès,  ancien pilote de bombardier habitué aux vols de nuit, lui succèdera en tant que chef pilote. Ce sera lui qui accomplira le rêve de Deullin en inaugurant le premier vol de nuit de l’histoire de l’aviation commerciale.

Maryla Boutineau

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